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Deux traductions de l’incipit des « FRERES KARAMAZOV»  (Dostoïevski)

Jeudi, 2. février 2012 12:08

Livre de Poche, Elisabeth Guertik :

« Alexis Fédorovitch Karamazov était le troisième fils d’un propriétaire terrien de notre district, Fédor Pavlovitch Karamazov, si connu de son temps (et dont, même aujourd’hui, on évoque encore le souvenir) par sa fin tragique et ténébreuse survenue il y a exactement treize ans et dont je parlerai en temps voulu. Pour le moment, je dirai seulement de ce « propriétaire»  (comme on l’appelait chez nous, quoique de toute sa vie il n’eût presque pas vécu sur ses terres) que c’était le type étrange, au demeurant assez répandu, de l’homme non seulement mauvais et dépravé, mais en même temps incohérent, quoique de ces gens incohérents qui savent parfaitement régler leurs petites affaires matérielles, semble-t-il. Ainsi, Fédor Pavlovitch était parti de presque rien, c’était un tout petit propriétaire qui se faisait inviter à la table des autres, cherchant à vivre en parasite…» 

Folio, Henri Mongault :

« Alexéi Fiodorovitch Karamazov était le troisième fils d’un propriétaire foncier de notre distict, Fiodor Pavlovitch, dont la mort tragique, survenue il y a treize ans, fit beaucoup de bruit en son temps et n’est point encore oubliée. J’en parlerai plus loin et me bornerai pour l’instant à dire quelques mots de ce « propriétaire» , comme on l’appelait, bien qu’il n’eût presque jamais habité sa « propriété» . Fiodor Pavlovitch était de ces individus corrompus en même temps qu’ineptes – type étrange mais assez fréquent – qui s’entendent uniquement à soigner leurs intérêts. Ce petit hobereau débuta avec presque rien et s’acquit promptement la réputation de pique-assiette…» 

On soupçonne que la traduction Mongault est moins esclave du mot à mot du texte d’origine, de son phrasé (parenthèses). En un mot moins « universitaire» . 6 lignes et demie pour la première, 5 lignes pour la secondes. Bref c’est moins délayé.




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Haïku

Mardi, 31. janvier 2012 18:31

La crachin fait les trois-huit

Septante et une serpillières

Déjà


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Nothing to declare

Lundi, 5. décembre 2011 20:51

Dans ce rideau de bambous, là

Ah, j’en ai fait des bamboulas

J’ai eu des ribambelles d’amants

Et dans l’incendie du couchant

Les flamants roses mataient

mes fesses-castagnettes

Ne sachant sur quel pied danser




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Réflexions sur le roman

Mercredi, 16. novembre 2011 12:44

Prenons un roman russe de 600 pages, par exemple le superbe « Roman»  (comme Polanski, c’est le prénom du personnage principal) de Vladimir Sorokine,  une fois que vous avez enlevé les patronymes à rallonges (Andreï Viktorovitch Kliouguine, Lidia Konstantinovna Voennikov, Varvara Mitrofanovna Ogourtsov…) , eh bien il ne vous reste plus qu’un texte de 500 pages.

Tout romancier non exclusivement urbain se doit de potasser , crayon en main, les épais manuels de BOTANIQUE car il faut savoir nommer les catégories d’arbres, d’arbustes, de buissons, d’herbes (folles ou non), de fleurs sauvages ou bien plus civilisées, etc… Le malheureux écrivain se dit :»  Ah, que tombe la neige, cela me simplifiera le travail !»  – car contrairement à certaines ethnies du cercle polaire, nous ne désignons pas, quant à nous, la neige par une cinquantaine de termes différents.

…» modeste épilobe ; gueule-de-loup grisante de tendresse ; laiteron frugal et droit, évoquant un guerrier moyenâgeux : solide et fielleux colza ; orchis alambiqués, comme taillés dans du bois de santal ; mille-feuille que l’on remarque à peine…»  « Roman» , page 195 et ce n’est qu’un extrait !

Quel labeur  a dû effectuer ZOLA pour décrire le « Paradou»  dans « LA FAUTE DE L’ABBE MOURET»  !


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Jesse Kellerman « JUSQU’A LA FOLIE»  (« Trouble» ) Editions des 2 terres, très bien traduit par Julie Sibony

Vendredi, 14. octobre 2011 9:38

(Les bouquins que je critique, je les paie au prix coûtant. Il en résulte que les auteurs s’enrichissent et que moi, chié, je m’appauvris. C’est en cela que je ressemble un peu à Jonah Stem, le personnage principal du roman, qui, il faut bien l’avouer, est  une sorte de punching-ball et de loser).

Quand on analyse un thriller tout chaud comme un escargot, il faut se garder de révéler les secrets de la progression narrative, qui ici pourrait se résumer en un seul terme commençant par « h» , et qui n’est pas le mot « hibou» . Ce qu’on peut dire c’est que Jonah est étudiant en médecine dans un grand hôpital, qu’il fait la tournée des spécialités médicales (le lecteur va beaucoup apprendre sur la chirurgie viscérale, plus particulièrement les intestins) et qu’il est le bizut constamment humilié par le reste de l’honorable compagnie en blouse blanche.

D’ailleurs, dès l’incipit, l’ambiance et clairement posée. Rentrant chez lui à 3 heures moins le quart du matin, Jonah fait un détour par Times Square, à Manhattan, pour s’acheter une nouvelle paire de chaussures, ses anciennes, des Rockport Walker, dégageant une « épouvantable odeur de merde humaine» .

Et c’est précisément là, à Times Square, que va avoir lieu l’événement perturbateur (comme disent les narratologues) qui va mettre en branle la « machine infernale» . Mais très, très progressivement. C’est pour cela que l’on se doit d’être mutique. (Sauf à donner un peu de grain à moudre en parlant de compulsion de répétition chez notre jeune étudiant, précisément  stagiaire en psychiatrie).

Kellerman a écrit ce roman avant « LES VISAGES» , qui a connu le succès que l’on sait. Ecriture souvent au scalpel, cela s’impose, parfois déjantée et novatrice pour ce premier opus (comme on dit quand on va au marché). « Il erra dans les couloirs variqueux, se délestant de toute cette moiteur, de toute cette douleur, de cet auto-apitoiement. Il était là pour apprendre. Il allait devenir médecin» .

Voilà un livre violent certes, physiquement mais surtout PSYCHOLOGIQUEMENT. « Suprêmement angoissant !» , écrit le critique du WASHINGTON POST (qui reçoit le livre gratos et qui est payé pour trouver une formule choc).

Eh bien cette formule est atténuée dans les dernières pages par le personnage féminin (et quel personnage !) et je vous prie de noter ces quelques lignes dans vos classeurs :»  Du « suspense» . Le cinéma y parvient comme nul autre média. C’est l’un de ses nombreux atouts. L’écrit ne peut jamais vous sauter au visage comme un film.» 

L’ECRIT NE PEUT JAMAIS VOUS SAUTER AU VISAGE COMME UN FILM.

 


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