Lundi, 2. novembre 2009 13:18

Je n’ai pas pour habitude de dire du bien des commissaires divisionnaires. Ni du mal d’ailleurs. Mais il faut bien reconnaître que Jean-Marc Souvira a écrit un remarquable « polar » (étiquette générique ») avec LE MAGICIEN, collection Pocket.
Construit en contrepoint, d’un côté le flic, qui présente bien (double de l’auteur?). Il a deux enfants qui lisent au petit-déjeuner les étiquettes des céréales, une femme spécialisée dans les parfums (mais sans la noirceur de J-B Grenouille), discrète et aimante… Bref il n’y aurait pas d’histoire sans notre sombre tueur, sur lequel va tout l’intérêt (jubilatoire?) du lecteur et on peut le supposer, de l’auteur!
Souvira est un petit malin qui nous expose ce que Frédéric Dard (lettre personnelle) appelait sa « face d’ombre ». Sorte de catharsis si l’on veut et on le paie pour ça !
« Nous sommes très loin d’un génie du crime. Quelqu’un qui choisit ses victimes parmi les plus faibles ne prend aucun risque. Ce type d’enquête est difficile non pas parce que nous avons affaire à un esprit supérieur, mais parce que nous avons en face de nous quelqu’un de gris, d’inconsistant et d’ordinaire. »
Phrase-clé du bouquin. Mais le tueur dont nous partageons, de l’intérieur, le parcours, en fait n’est pas tout seul. Il est constamment « coaché » par des voix intérieures qu’il appelle ses « démons » (allusion à Dostoïevski?). Le procédé est ici d’une grande efficacité.
Il va sans dire que littérairement parlant, nous sommes du côté du tueur, l’auteur aussi car c’est la partie la plus forte de son livre. Se mettre dans la peau d’un pauvre type consumé de haine, fût-il un assassin passablement déjanté et terriblement dangereux , le pied en somme !
Intelligent aussi le nommé Lécuyer puisqu’il a des talents de prestidigitateur (le magicien !). Il est en liberté conditionnelle et travaille comme plombier. Ses deux patrons l’épient sans cesse, disons que ce gringalet poli et transparent leur fout les boules sans qu’ils sachent exactement pourquoi. Le malaise, quoi !
Lire ce polar est une sorte de spéléologie sans grand risque pour le consommateur en chambre et curative, peut-être.
Chapeau, Souvira ! Par les roubignolles de saint Frusquin, on est loin d’un banal « Prix du quai des orfèvres » !