Vendredi, 11. septembre 2009 13:28

Zopi Clone, c’est mon nom. Je suis ouvrier agricole (ou saisonnier à vous de choisir, dans le Bazar Manioc), le type même du lo(o)ser, l’anti-héros quoi, l’éternel perdant. Je vis dans une masure près d’un étang, avec ma vieille chatte, la comtesse de Ségur, mais qui, elle, n’est pas née Rostopchine. Je me déplace sur un « gloy » antédiluvien (=un vélo) qui me permet de me rendre sur mon lieu de travail et d’enfourner de la nourriture dans les pitoyables sacoches quand je me rends au supermarché de Monlezun.
Au fond, j’ai le profil idéal d’un idiot de village, d’un sous-homme, d’un « untermensch ». Mais les gens hésitent, sentant un mystère qui les dépasse, et ils sont toujours assez respectueux à mon égard. Tant qu’il n’y en a qu’un, comme dirait Brice Hortefeux !
Il y a dix ans, j’étais prof de Lettres classiques à Couille-en -Brie et j’ai eu une aventure avec l’une de mes élèves de première, aux portes de sa majorité. Quel scandale dans ce gros bourg aux pelouses mesquines.
Horresco referens (j’en chie au froc quand j’en parle)! J’ai été radié de l’Education dite nationale, ma femme a divorcé et est partie vivre en Nouvelle Calédonie avec nos deux enfants, que je n’ai plus revus depuis. (Sortez vos kleenex ! Les palétuviers ont eu le dernier mot).
C’est somme toute un conte de la folie ordinaire, comme chez ce vieux dégueulasse de Bukowski. Je surprendrai sans doute mes lecteurs si je dis qu’aujourd’hui, dans ce dénuement et cette absolue solitude, je suis presque heureux, relisant le soir mes chers classiques, le SATYRICON de Pétrone et l’ODYSSEE du vieil Homère. (A la lumière d’un cierge qu’il m’arrive de chouraver dans une église au moment de « l’introibo »).
Quand j’ai les couilles pleines, je me les vide dans un massif d’orties près de l’étang. Sauce béchamel sur les épinards si c’est la pleine lune ! Parfois, quand je jouis, passe une étoile filante et je fais un voeu. Peut-être celui de revoir mes enfants avant de partir dans la vallée de l’Ombre de la Mort.
Zopi Clone, (un masturbateur lunatique), c’est mon nom, qu’on inscrira sur ma croix, au coin des pauvres. Et vous, pauvres couillons, vous continuerez à désirer des choses que vous n’aurez jamais. Jamais. Jamais.