Articles du novembre, 2011

La magie Volodine (« Ecrivains»  / « Des anges mineurs / « Dondog»  / « Bardo or not Bardo»  / « Songes de Mevlido» …)

Vendredi, 4. novembre 2011 12:07

Volodine (mais est-ce bien son nom ?) a réussi ce que son proche parent fictionnel, Serge Brussolo, n’a pas réussi à faire (complètement), à savoir sortir du « ghetto»  éditorial de la littérature dite « populaire» .

Volodine, il est vrai, a eu la malice de créer un nouveau mouvement littéraire, baptisé « post-exotisme» . Quès aco ?  Eh bien, c’est un univers littéraire parallèle où l’onirisme et la politique sont les moteurs de la fiction. Même si certains personnages ont une grande longévité, parfois de plusieurs siècles (les personnages étant d’après Paul Valéry des « vivants sans entrailles» , ils n’ont pas besoin de chier), il est évident que, même allusivement, le siècle charnière, il faudrait dire le « siècle charnier» , dont nous parle Volodine est bien le XX° S. Et l’aire géographique, même estompée, est souvent l’Union soviétique, avec ses camps, ses kolkhoses et ses chamans de Sibérie.

Autre malice de Volodine, celle de créer des alter ego de l’auteur, aussi fictifs que productifs, toujours sous la bannière du « post-exotisme» . La narratologie contemporaine ne prétend-elle pas que l’auteur est aussi une instance fictive, surtout s’il y a usage du pseudonymat.

Le monde de Volodine est un monde crépusculaire, un monde qui s’éteint, où la frontière entre la vie et la mort n’est pas clairement établie. Les objets sont presque tous HS, la poussière, les gravats, la pourriture sont omniprésents, bref on retourne à l’INFORME. Longue description dans « DONDOG»  du cadavre de Mme Axenwood, l’institutrice qui n’ a pas été gentille, cinquante ans auparavant avec le petit Dondog et dont le corps se délite à présent dans le RIEN, dans le RIEN DU RIEN. Amen.

Dans le chapitre onomastique de votre future thèse, j’espère que vous insisterez sur le plaisir que prend Volodine à créer des noms propres, surtout de personnages, à partir des langues des pays de l’Est, sans exclure l’anglais, l’italien ou l’allemand. On est cosmopolites dans le post-exotisme !

« La vieille tendit vers lui son visage raviné et elle lui demanda leurs noms; Elle était tout ouïe.

- Tonny Bronx, dit Dondog. Eliane Hotchkiss? Gulmuz Korsakov.

Bref, lisez Volodine !


Catégorie: Coups de coeur | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze

Tombeau pour Jean-Pierre Martinet

Mardi, 1. novembre 2011 12:22

J’ai fait toute ma scolarité avec son frère au collège de Libourne. Lui, Jean-Pierre, que j’ai souvent croisé bien sûr, était un élève brillant. Deux routes se présentaient à lui, celle de la routine et celle de l’aventure. Il a choisi l’aventure, le cinéma d’abord (pour un libournais !), ensuite la littérature, et au bout de la solitude, du désenchantement, en 1993, l’alcool aidant, il est mort, à l’âge de 49 ans. D’une attaque d’hémiplégie.

Moi, la routine m’a choisi, plutôt que l’inverse et le couillon qui a dit (Coelho) qu’elle est mortelle, la routine, il se trompe, il se trompe, vu que, happé durant 35 ans par l’enseignement du français (collège) et des lettres (lycée), I ‘m still alive, JE SUIS TOUJOURS VIVANT.

D’abord assistant réalisateur, Jean-Pierre Martinet, à l’âge de 34 ans, en 1978, renonce à faire son propre film (tout le monde n’a pas le charme de Deiphine Gleize, ô remarque mesquine) et abandonne le cinéma, se tournant vers la littérature. Il publie « La Somnolence»  en 1979 et « Jérôme»  que les critiques, paraît-il, trouvent d’un « pessimisme sans bornes» . Là j’avoue que j’en tombe un peu sur le cul moi qui me frotte présentement à Bortnikov et à Volodine, plus noir que moi tu meurs. Mais c’est son boulot à la littérature de travailler dans le sinistre, si tel est le désir de l’auteur !

Donc après la parution de « L’ombre des forêts»  et de « Ceux qui n’en mènent pas large» , en 1986, Martinet cesse progressivement d’écrire, faute de se transformer en Barbara Cartland. Jean-Pierre Martinet retourne à l’âge de 40 ans chez sa maman à Libourne, où il va peaufiner son alcoolisme et son désespoir, dans une ambiance qu’on peut imaginer crépusculaire, jusqu’à sa mort, en 1993.

Voilà le résultat des courses.


Catégorie: Coups de coeur | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze