Jesse Kellerman « JUSQU’A LA FOLIE» (« Trouble» ) Editions des 2 terres, très bien traduit par Julie Sibony
Vendredi, 14. octobre 2011 9:38
(Les bouquins que je critique, je les paie au prix coûtant. Il en résulte que les auteurs s’enrichissent et que moi, chié, je m’appauvris. C’est en cela que je ressemble un peu à Jonah Stem, le personnage principal du roman, qui, il faut bien l’avouer, est une sorte de punching-ball et de loser).
Quand on analyse un thriller tout chaud comme un escargot, il faut se garder de révéler les secrets de la progression narrative, qui ici pourrait se résumer en un seul terme commençant par « h» , et qui n’est pas le mot « hibou» . Ce qu’on peut dire c’est que Jonah est étudiant en médecine dans un grand hôpital, qu’il fait la tournée des spécialités médicales (le lecteur va beaucoup apprendre sur la chirurgie viscérale, plus particulièrement les intestins) et qu’il est le bizut constamment humilié par le reste de l’honorable compagnie en blouse blanche.
D’ailleurs, dès l’incipit, l’ambiance et clairement posée. Rentrant chez lui à 3 heures moins le quart du matin, Jonah fait un détour par Times Square, à Manhattan, pour s’acheter une nouvelle paire de chaussures, ses anciennes, des Rockport Walker, dégageant une « épouvantable odeur de merde humaine» .
Et c’est précisément là, à Times Square, que va avoir lieu l’événement perturbateur (comme disent les narratologues) qui va mettre en branle la « machine infernale» . Mais très, très progressivement. C’est pour cela que l’on se doit d’être mutique. (Sauf à donner un peu de grain à moudre en parlant de compulsion de répétition chez notre jeune étudiant, précisément stagiaire en psychiatrie).
Kellerman a écrit ce roman avant « LES VISAGES» , qui a connu le succès que l’on sait. Ecriture souvent au scalpel, cela s’impose, parfois déjantée et novatrice pour ce premier opus (comme on dit quand on va au marché). « Il erra dans les couloirs variqueux, se délestant de toute cette moiteur, de toute cette douleur, de cet auto-apitoiement. Il était là pour apprendre. Il allait devenir médecin» .
Voilà un livre violent certes, physiquement mais surtout PSYCHOLOGIQUEMENT. « Suprêmement angoissant !» , écrit le critique du WASHINGTON POST (qui reçoit le livre gratos et qui est payé pour trouver une formule choc).
Eh bien cette formule est atténuée dans les dernières pages par le personnage féminin (et quel personnage !) et je vous prie de noter ces quelques lignes dans vos classeurs :» Du « suspense» . Le cinéma y parvient comme nul autre média. C’est l’un de ses nombreux atouts. L’écrit ne peut jamais vous sauter au visage comme un film.»
L’ECRIT NE PEUT JAMAIS VOUS SAUTER AU VISAGE COMME UN FILM.
Catégorie: Création littéraire | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze







