L’angoisse du gardien de gosses au matin de la pré-rentrée
Vendredi, 2. septembre 2011 14:03
Parlons uniquement du matin de la pré-rentrée car c’est là qu’a lieu la cérémonie rituelle, en groupe majeur. Après on se dissémine, s’éparpille par disciplines, c’est autre chose.
Ce qui domine, c’est l’excitation/appréhension (et bien davantage chez les plus névrotiques). On salue, bise, bise, les connaissances, les anciens quoi, dont certains au bronzage hyperbolique, preuve qu’ils ont pris des vacances. Coup d’oeil discret sur les nouveaux (nouvelles, t’as vu la nana ?). Mais on n’a pas le temps de coincer la bulle. Ni la belle. Il faut se transformer en élèves (une fois n’est pas coutume) dans un gymnase (non climatisé) où vont officier les apparatchiks.
Même s’il porte un costume léger, vu la chaleur, n’allez pas imaginer que monsieur le proviseur a oublié sa cravate, pas plus que le proviseur-adjoint, à moins qu’il s’agisse d’une femme (dont on mesure à distance le galbe des mollets). Il ne faut pas croire non plus qu’un silence religieux règne dans la salle. Il faut de temps en temps ramener le calme. Les fortes têtes, les « personnalités» se sont disputé les derniers rangs, ceux des cancres, où certains font mine de lire L’Equipe du jour, de terminer un roman de plage ou de s’ennuyer plus que prodigieusement.
Les nouveaux dans l’établissement doivent se lever et rougir un peu et bredouiller parfois à l’appel de leur nom comme ce pauvre Charles Bovary dans l’incipit du roman de Flaubert. Les anciens observent d’un oeil détaché le « bétail» nouveau. C’est de bonne guerre. Vais-je avoir une jeune stagiaire ?
Le proviseur débute alors son discours de bienvenue, plus les tenants et les aboutissants, les aboutissants et les tenants, bien, mon lieutenant, les considérations connexes, annexes, ça peut durer un certain temps. Tu fais chier pépère, moi, ce qui m’intéresse, c’est mon emploi du temps. Les mains sont moites, la sueur coule entre les omoplates, l’entre-cuisses commence à macérer. Il y a toujours des couillons (les bons élèves !) pour poser des questions, reculant ainsi le moment de la délivrance, savoir la distribution des grilles de service et la sortie enfin de cet immonde sauna.
Dans la cour, sous les platanes, on se grille une cigarette et l’on jette un regard satisfait ou navré sur la répartition des heures. Putain, ça fait cinq ans que je demande le mercredi matin ! Non, non, et non (des réclamations sont toujours possibles, au bureau des plaintes, celui du proviseur-adjoint).
Vient ensuite l’apéritif dans le réfectoire, on se bouscule, on écrase des sillons mammaires, on s’entasse, on peut picoler une bonne rasade de whisky qui fait oublier cette matinée mortifère, le vol tout proche et anxiogène des élèves à l’horizon, des charognards si gentils, mais si, mais si. Je te ressers? Il faut se désaltérer. Au fait, ta femme a accouché ? Pas encore. Tiens.
Soit, mais je vais être paf !
Pif paf et à damné prochaine.
Catégorie: La traversée du quotidien. | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze

