Articles du août, 2011

»  ZONE »  Mathias Enard (Babel Actes Sud)

Mercredi, 31. août 2011 12:08

Dire de ZONE que c’est un roman fait d’une seule phrase de 500 pages n’est pas totalement vrai (il y a des chapitres, des points, et même quelques paragraphes, par exemple dans le « collage»  du roman libanais que le narrateur lit dans le train de nuit Milan-Rome). Mais globalement nous avons affaire au « courant de conscience»  de ce « fonctionnaire de l’ombre»  (agent secret en rupture de contrat, si l’on peut dire) qui se remémore tous les massacres depuis la bataille d’Actium qui ont fourni d’abondante pâtures aux poissons  de la Méditerranée. « Viva la muerte» , comme disait le général franquiste Millan Astray, figure récurrente du livre (Millan = gare de Milan, c’est dire si l’association d’idées mène le récit).

Lui aussi, le narrateur, a connu deux ans de guerre en Croatie et les massacres afférents à cette situation disturbée (n’existe pas en français, je sais). Tout se mélange donc, l’Histoire avec un grand H, la seconde guerre mondiale, le conflit libanais, yougoslave, les errances et errements du narrateur (les femmes qu’il a croisées dont l’une à Venise qui lui donne un superbe coup de pied d’adieu dans les couilles, bref…) Zone sensible autant que le pourtour de notre « mare nostrum»  (excusez la redondance).

Je place donc Mathias Enard parmi les écrivains magistraux. Il a le souffle d’Homère, d’Eschyle (avec un côté Zavatta) et un remarquable sens du détail concret (voilà pourquoi ces 500 pages sont courtes). Vous voulez une « hypotypose»  (figure qui colle au plus près du réel décrit). Accrochez-vous : « Elle revoit malgré elle le plus horrible cadavre du siège – à Kahaldé, un combattant écrasé par un char sur la route, aussi facilement qu’un rat ou un oiseau. Sa tête sans visage était une flaque plate de cheveux rouges. Les secouristes du Croissant-Rouge avaient dû le décoller en raclant l’asphalte à la pelle. Autour du corps, une mare circulaire de viscères et de sang, comme si on avait marché sur une tomate. Les Palestiniens s’accrochent à la terre.»  (Cela donne envie de relire Curzio Malaparte).

En contrepoint à ces horreurs, il y a la banalité (un peu paranoïaque) du boulevard Mortier, bunker de nos services secrets : »  Lebihan mon supérieur d’alors m’envoyait souvent moi rencontrer les « sources» , vous inspirez confiance, disait-il, on vous donnerait le bon Dieu sans confession, avec cet air franc que vous avez, il vaut mieux que vous y alliez vous, aussi parce qu’il avait  horreur de la nourriture arabe, amoureux de la blanquette de veau des huîtres du muscadet et du céleri rémoulade, qui plus est il ne supportait pas le  piment, pour lui la Tunisie était une calamité digestive et circulatoire, le feu de Baal…» 

Dans la nuit d’hiver le train se rapproche peu à peu, tacatac tactac, de Rome Termini où le narrateur compte bien monnayer une mallette de secrets divers au Vatican et refaire sa vie (on n’y croit pas trop).

Il faut savoir que Mathias Enard vit aujourd’hui à Barcelone et qu’il  enseigne l’arabe à l’université.

(Et c’est ainsi qu’Allah est grand).



Catégorie: Coups de coeur | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze

Barcelone, un « trou noir»  onirique où disparaissent les écrivains

Vendredi, 26. août 2011 11:30

On ne s’étonnera guère que la Barcelone fantomatique de Carlos Ruiz Zafon, avec ses ruelles à brouillard, ses bibliothèques carnivores, l’ombre du vent et tous ces policiers aigris, soit devenue une nasse, un piège mortel (?) à écrivains.

Qu’est devenu Jonathan Littell qui frappa un coup séculaire avec ses « Bienveillantes» ? Disparu. Peut-être d’ailleurs ce qu’il a de mieux à faire après un tel livre. Les érudits de type universitaire, toujours en quête de sens et de sens derrière le sens, liront avec profit la série d’études réunies par Murielle Lucie Clément, « Les Bienveillantes de Jonathan Littell» , OpenBook Publishers, 2011.

Qu’est devenu Mathias Enard, l’auteur de ZONE, superbe livre, qui émarge sur le réseau dit social Fraïse-Brücke, mais qui n’a jamais répondu à ma demande d’invitation ? Je pense qu’il a été nuitamment zigouillé derrière le palmier nain d’une rambla. Mais j’ai une autre hypothèse en ce qui le concerne. Ce n’est pas lui qui a écrit ZONE mais la locomotive qui, par une nuit d’hiver, conduit le narrateur de la gare de Milan à celle de Rome. Narrateur qui ressasse tous les massacres qui ont « évermeillé»  (pardonnez-moi ce néologisme) les pourtours de la Méditerranée et l’ex-Yougoslavie. Deuxième disparition, donc.

On dressera un peu l’oreille vu que l’ombre du vent et surtout celle du Troisième Reich plane sur la diégèse de ces deux « fictions» . Ce n’est pas la bibliothèque rose, voyez.

Je pense que si un troisième écrivain important disparaît dans la ville de Gaudi, il va falloir sérieusement commencer à s’alarmer.

(Et c’est ainsi qu’Allah est grand).


Catégorie: Humour noir | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze

Non au livre numérique ! OUI au livre coïtal ! (Vladimir Kush)

Mardi, 23. août 2011 17:20


Catégorie: Fatrasie. Billevesées. | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze

Kent Williams : Paintings 2010 – 2011

Mardi, 23. août 2011 11:07

Catégorie: Coups de coeur | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze

Giampiero Marongiu : « Le châtiment des élites»  (Les Nouveaux Auteurs). Eh, nous, on n’a rien fait de mal !

Mardi, 23. août 2011 10:34

C’est une nouvelle entreprise d’éditions, LES NOUVEAUX AUTEURS, qui a actuellement le vent en poupe dans le monde du thriller (avec SONATINE).

Depuis son inscription sur FACEBOOK, l’auteur a châtié son nom, c’est à dire qu’il l’a raccourci. Giampiero Marongiu est devenu Giam Piero, cela manquait peut-être de consistance pour la première de couverture, allez savoir. De toute manière, ça n’est pas un auteur scandinave.

Il est difficile de parler d’un roman à suspense sans en dévoiler peu ou prou les ficelles (ici une utilisation continue de la psychopathologie, stop). De toute manière, l’auteur a une manière bien à lui de fonctionner, un peu comme Dieu, au début il y a le mot, les mots (« In principium erat verbum). Une grande herse de vocables, de métaphores balaie le champ du langage et si une ou deux dents de la herse arrivent à coincer une intrigue, c’est parfait.

« D’abord, sont venus des mots sans queue ni pieds, puis des pages encornées et des brouillons sans saveur, mais pas d’histoire» écrit Jean-Pierre (Sur cette pierre je bâtirai mon thriller !), qui avoue plus haut, dans la même page : « J’ai suivi la ligne brisée.» 

Cela va donner quand même un roman fascinant, malgré ses dérapages « littéraires» , peu appréciés en général des amateurs de « hard-boiled» .

« Les mots dits se turent, les mots tus se dirent, les mots tôt attendirent et le mot tard s’était enfui, une balle dans le dos. (…) Au commencement de tout, il y eut le verbe, puis vinrent les points d’interrogation, comme des crochets de boucher…. Comment pouvait-on identifier à coup sûr un abus de pouvoir?» 

Rapport aux châtiments des élites (par décapitation hautement technologique).

Un fan-club « Châtiment des élites»  est en train de se mettre en place (sur Fraïse-brücke) sous l’impulsion, entre autres, d’une superbe « Ursula Andress» , gardienne du temple aux cheveux candides. On verra la suite.

(Et c’est ainsi qu’Allah est grand).



Catégorie: Coups de coeur | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze