Articles du juillet, 2011

MONTAIGNE sur Facebook ?

Mardi, 19. juillet 2011 11:08

En d’autres temps, mon ami, je me fusse peut-être inscrit sur votre FACEBOOK. A cette heure que je suis engagé dans les avenues de la vieillesse, ayant piéça franchi les quarante ans : ce que je serai dorénavant, ce ne sera plus qu’un demi-être, ce ne sera plus moi. Je m’échappe tous les jours et me dérobe à moi…

Je sais que des écrivains importants de votre époque ont rejoint ce site, en particulier le petit Le Clézio (ah, le Prix Nobel eût bien arrangé ma phynance privée et j’eusse fait faire maints travaux de rénovation à ma vieille et chère tour).

La plupart de nos vacations sont farcesques et parcourant le site dont vous me parlez, j’ai bien l’impression que chacun y prêche pour sa propre et petite paroisse et prend autant d’intérêt à ce que dit l’autre qu’il mangerait une figue écrasée par un sabot d’âne sur un chemin vicinal.

Pour conclure, cher monsieur Nitchevo, ne croyez pas que je sois insensible à votre invitation (j’aurais pu dialoguer avec Tatiana de Rosnay et la belle albanaise (Bessa Myftiu, NDLR). Toutefois il se faut réserver une arrière-boutique toute nôtre, toute franche, en laquelle nous établissons notre vraie liberté et principale retraite et solitude.

(Et c’est ainsi qu’Allah est grand).


Catégorie: Fatrasie. Billevesées. | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze

Un fantasme de rêve, pour ne pas dire royal : les jambes de KATE

Lundi, 18. juillet 2011 13:16

 

Longtemps je me suis couché de bonne heure, certes, mais aussi longtemps on s’est dit que les plus belles jambes du monde étaient celles d’Angie Dickinson, l’héroïne de RIO BRAVO avec John Wayne et Dean Martin.

Depuis que j’ai vu les jambes de Kate je suis bien obligé de mettre à jour mon album !

Il y a des gens qui disent : les paparazzi ceci, les paparazzi cela ! Trouvez-moi un métier plus ingrat : faire le pied de grue durant des heures pour un cliché improbable. Qu’il y ait un instinct et une patience cynégétiques (=relevant de la chasse) chez les paparazzi, c’est probable. Mais qui voudrait faire ce job dangereux (les mystères du pont de l’Alma) pour saisir un pli inguinal ou fessier des petits dieux de notre Olympe ?

Roland Barthes que j’imagine mal dans un essaim bourdonnant de paparazzi, écrit que « le fantasme aide à passer n’importe quel temps de veille ou d’insomnie; c’est un petit roman de poche que l’on transporte toujours avec soi et que l’on peut ouvrir partout sans que personne y voie rien.» 

Eh bien voilà, mon roman de poche, c’est désormais des jambes princières : les jambes de Kate.

Et c’est ainsi qu’Allah est grand.

Catégorie: Coups de coeur | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze

Les écrivains sont les bestioles les plus narcissiques du monde mais je les aime bien

Mercredi, 13. juillet 2011 9:42

Prenez les vaches primées au Salon de l’Agriculture, eh bien leur succès ne leur monte pas à la tête.  Sarkozy leur donne une tape discrète sur la croupe et puis elles rentrent au bercail et on n’entend plus parler d’elles.

Elles ne fréquentent pas les salons du livre, les cocktails littéraires, les plateaux de télévision ou de radio, les repas germanopratins dans les brasseries entre gens de la chose écrite (éditeurs, attachées de presse) et last but not the least, pour les plus favorisés (par exemple Tatiana de Rosnay), la presse aux franges du « pipol»  ne leur accorde pas quelques pages polychromes et glacées qu’on feuillette chez le dentiste, en attendant son tour.

Au fond les écrivains sont de grands enfants qui palpent leur dernière oeuvre parue avec dans les yeux l’émerveillement des gamins autour du sapin de Noël. Ou bien dans une perspective plus freudienne, ils sont émerveillés par leur KK symbolique, tournant autour du pot mais revenant toujours en son centre miraculeux. Leur oeuvre.

Mais, parmi ceux qui ont réussi, il y a de grands allergiques aux honneurs et à la tentation narcissique. Céline par exemple, ou Julien Gracq ou plus près de nous Jonathan Littell qui, après le coup de massue des BIENVEILLANTES, s’est évanoui dans les brumes de Barcelone. Mentionnons aussi les écrivains « discrets» , Le Clézio, Modiano, Pierre Michon et j’en passe.

Et c’est ainsi qu’Allah est grand.


Catégorie: Création littéraire | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze

« DE SINISTRE MÉMOIRE»  JACQUES SAUSSEY Les Nouveaux auteurs (poche)

Samedi, 9. juillet 2011 9:48

Moi, quand je vois un amateur battre les pros sur leur propre terrain, je jubile.

Tant au plan narratif que dans le descriptif, l’écriture, oui je dis bien l’écriture, du thriller de Jacques Saussey est un plaisir continu. « Le policier assistait pour la première fois à ce ballet irréel, dans lequel tous les les gens vaquant à leurs occupations ordinaires n’étaient que des ombres servant de décor aux errances des marginaux. Le spectacle était l’inverse de ce que l’on voyait à première vue : il était  » de l’autre côté du miroir» . Il avait pourtant souvent enquêté dans des milieux défavorisés, des zones de non-droit (…), mais jamais encore il n’avait autant pris la mesure de la juxtaposition si étroite de ces deux mondes en inadéquation.» 

Le thriller urbain est mené rondement, sans temps mort, avec des personnages à la fois humains et pittoresques. Mais il faudra chercher l’explication des meurtres en série extra muros et « in illo tempore» , les derniers jours de l’occupation allemande et les dernières atrocité commises par la milice. De sinistre mémoire.

C’est là que va naître la NEMESIS, la déesse de la vengeance qui étend ses ailes noires sur tous les chapitres de ce premier roman. (Putain d’Hilaire, encore lui ! En voilà un qui n’a pas intérêt à chercher des cèpes dans les petits bois du Bazar Manioc).

LES NOUVEAUX AUTEURS ont compris qu’il fallait passer au livre de poche pour augmenter leur lectorat, outre que le livre de poche est plus maniable, sensuel et ne laisse pas d’hématomes sur le péritoine quand on lit au lit.

Et c’est ainsi qu’Allah est grand.



Catégorie: Coups de coeur | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze

Paul Auster SEUL DANS LE NOIR (Babel Actes Sud) ou la nuit du narrateur

Dimanche, 3. juillet 2011 9:15

Ce petit livre est un hymne, mezzo voce (il ne faut pas réveiller les gens qui dorment), à la narration, au récit.

Nuit et récit appellent le nom de Shéhérazade et clin d’oeil de Paul Auster, il y aura même une décapitation à la fin du roman, par preneur d’otages irakiens interposés. Horresco referens, mais revenons à nos moutons, aux moutons de l’insomnie dont le narrateur, critique littéraire à la retraite et invalide après un accident de voiture en Toyota Corolla, est affligé.

Seul dans le noir, cet homme vieillissant (comme moi) ne compte pas les moutons mais invente des scénarios qui ont la particularité de se matérialiser dans un monde parallèle. Une nouvelle guerre de sécession ravage les Etats-Unis faisant des million de morts et on peut penser que cette mise en abîme de la fiction fait jubiler le pas si austère Auster.

Mais la nuit est encore longue et sa petite fille Katya étant venue le rejoindre (celle dont le petit ami a été décapité en Irak), on va passer en mode nostalgie en évoquant les chers disparus (amis de rencontre ou anciennes compagnes).

Comme le dit la quatrième de couverture (qui ne se trompe jamais), imagination et réalité s’interpénètrent. Mais comme la « réalité»  romanesque est déjà de la fiction, bref…

Reste la petite musique de nuit : »  Comme tout cela va vite. Hier enfant, aujourd’hui vieillard, et d’alors à maintenant, combien de battements de coeur, combien de respirations, combien de mots prononcés et entendus ? Touchez-moi, quelqu’un. Posez la main sur mon visage et parlez-moi…» 

Ah, je vois bien que j’aurais dû faire critique littéraire. Mais maintenant il est trop tard…

Et c’est ainsi qu’Allah est grand.



Catégorie: Création littéraire | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze