Gillian Flynn : « Le Lieux sombres» (Dark Places), Sonatine
Vendredi, 26. novembre 2010 12:07
Après tant de thrillers (l’étiquette qui fait vendre) à l’écriture plate, convenue, le lecteur lambda subit un petit électrochoc dès l’incipit du roman de Gillian Flynn : « La mesquinerie qui m’habite est aussi réelle qu’un organe. Si on me fendait le ventre, elle pourrait fort bien se glisser dehors, charnue et sombre, tomber par terre, et on pourrait sauter dessus à pieds joints. (…) Lorsque j’avais sept ans, mon frère a massacré ma famille. Ma mère, mes deux soeurs, parties : pan pan, crac crac, couic couic. Après ça, je n’ai pas eu vraiment grand-chose à faire…»
Le style cynique est délectable. Faute de concevoir l’auteure s’exonérant debout contre l’écorce d’un platane, on l’imagine en train d’uriner (derrière des buissons) à la moindre occase pour marquer son territoire.
De l’intrigue, je ne dirai rien. D’abord je n’en suis qu’à la page 120 sur un total de 483 pages. Je suis donc un puceau (relatif) de la diégèse (comme dirait mon fils aîné, l’agrégé).
Libby Day, l’héroïne et parfois narratrice est une soeur en ankylose, en aboulie : « Quand je me suis installée dans mon pavillon, j’ai passé les trois premiers mois emmitouflée dans des couvertures parce que faire mettre le gaz me paraissait insurmontable. Il a été coupé trois fois au cours de ces dernières années, parce qu’il m’arrive d’être totalement incapable de me résoudre à remplir un chèque. J’ai des problèmes de maintenance.»
J’ai aussi des problèmes de maintenance, pourrait dire le lecteur lambda, et je me sens moins désemparé quand je lis un roman de Douglas Kennedy ou de Gillian Flynn. La lecture, thérapie douce aux névroses tapies sous le cresson, bref, c’est enfoncer une porte ouverte.
Catégorie: Coups de coeur | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze








