Samedi, 30. octobre 2010 12:39

Comme l’indique la couverture, ce bouquin a obtenu le prix Pulitzer (fiction), à part que ce n’est guère une fiction tant est omniprésente l’abjecte, glauque, et hypergerbante figure de l’ex-dictateur de Saint Domingue, j’ai nommé labo-minable TRUJILLO, El Jefe.
Il y a d’abondantes notes, absolument infectes et jubilatoires sur les exploits de ce tyran et de sa clique-claque dévoyée. Beurk! » En quelques jours, Jésus de Galindez (auteur d’une thèse de troisième cycle sur Trujillo, se retrouva bâillonné, empaqueté (…) et d’après la légende, quand il sortit de sa torpeur chloroformée, il s’aperçut qu’il était tout nu, pendu par les pieds au-dessus d’un chaudron d’huile bouillante, El Jefe se tenant non loin, un exemplaire de l’outrageante thèse dans la main. (Et toi qui pensais que ton jury n’était pas commode.) Quelle personne dotée de toute sa raison aurait pu imaginer une chose aussi foutrement épouvantable? El Jefe voulait sans doute tenir une petite tertulia avec ce pauvre intello fichu. Et pour sûr, ce fut une sacrée tertulia» (tertulia = réunion entre amis).
Cela dit, le héros de notre histoire est un adolescent obèse, Oscar, désespérément énorme et forcément puceau bien qu’il fantasme sans cesse sur les beautés qui l’entourent. Ay misayre ! De plus, Oscar s’est mis en tête de devenir un grand écrivain, obsédé par la SF, voyez le genre. On a des points communs, lui et moi (sauf la jeunesse). C’est aussi un peu le cousin d’Ignatius Reilly, dans « La conjuration des imbéciles» de John Kennedy Toole.
Le style, toujours explosif est parfois un mélange de verlan, d’espagnol intégré (spanglish) et j’en passe (n’étant pas critique littéraire).
Lisez et relisez ce bouquin phénoménal, clafoutis de basse tringle, chébran sur le crépuscule et la déconfiture à la groseille ! « Oscar, le prévenait sans cesse Lola, tu mourras puceau si tu ne te décides pas à « changer» . – Tu crois que je le sais pas? Je te parie que si je passe encore cinq ans comme ça, quelqu’un va donner mon nom à une église.»
Mais le « fukû» ( = le mauvais oeil, sous d’autres cieux la scoumoune) plane sur le casting. Il n’y a que la mort qui permette de sortir de la male auberge dominicaine. Les pieds devant. (Superbe traduction de Laurence Viallet).
