Lundi, 17. mai 2010 10:46
Macrédious, quel bouquin, surfer pendant plus de 900 pages sur un concept devenu totalement obsolète par chez nous, savoir la poésie qui s’écrit, qui s’édite… Il n’y a que la folie latino-américaine pour ressusciter de tels fantômes !
On se demande qui sont ces « détectives sauvages» , peut-être ceux qui cherchent la trace de Cesarea Tinajero , poétesse mythique du « real-viscéralisme» qui s’est diluée, telle Eurydice, dans le désert de Sonora. Bien sûr, le titre « Le cercle des poètes disparus» n’était pas libre, loin s’en faut.
Mais nous voyageons beaucoup dans le roman de Roberto Bolano, de Mexico à Barcelone (où l’on se dit qu’on va peut-être rencontrer Carlos Ruiz Zafon). De Paris à Tel-Aviv, de Madrid à Pétaouchnok. Ses héros sont des exilés, des éternels déracinés, qui ont la bougeotte, vivent comme des pique-assiettes, des picaros, des « clochards célestes» (salut Jack). Ils vont « dealant» (comme Bob) quand ils le peuvent, mais toujours griffonnant des poèmes, et buvant plus qu’il ne sied, et « baisant» à tire l’haricot. Mon Dieu. L’exact négatif de ma propre existence (moi qui fus aussi un poète catalogué dans les sixties).
Comme le dit Enrique Vila-Matas, ce roman est l’épopée lyrique, tragi-comique, d’hommes en quête de la vraie vie, « le voyage infini de gens qui furent jeunes et désespérés mais ne s’ennuyèrent jamais» .
Eh bien, le lecteur ne s’ennuie jamais dans ces 900 pages qui ne sont pourtant pas celles d’un thriller à intrigue.
