Articles du février, 2010

Alexandre Ikonnikov : Dernières nouvelles du bourbier (Points-Seuil)

Lundi, 15. février 2010 13:07

Quand je sature d’ennui dans ce Bazar Manioc où il ne se passe jamais RIEN,  je relis les courtes nouvelles d’Alexandre Ikonnikov qui ont pour cadre la Russie rurale post-soviétique où rien n’a fondamentalement changé si ce n’est peut-être l’expression d’un humour plus libéré (qui n’est pas sans rappeler l’humour juif, disons que nous sommes entre le Père UBU et Woody Allen).

Ces « cartes postales» , si l’on peut dire ont été écrites partie en russe, partie en allemand et publiées chez un éditeur allemand (VERLAG, Berlin) sous le titre « Taïga blues» . Mais il y a tant de « blues»  dans nos titres français que le polysémique « Dernières nouvelles du bourbier» est bien supérieur.

Humour, disais-je. Dans le premier récit, lors d’une dispute conjugale, la solide vachère Krotova, « sous l’emprise de la boisson» , sectionne net d’un coup de hache une jambe de son mari. Lequel est mené à l’hôpital, mais pas question à cette époque de greffe réparatrice, nous sommes au fin fond de la « grande Russie»  et la milice est bien embêtée avec ce membre sanglant qu’on enferme dans un sac.

Je cite :»  Quand les hommes furent montés dans la voiture (..), ils décidèrent d’emporter la jambe à l’hôpital. Mais là, on leur dit qu’on n’en avait pas besoin, et que sa place était plutôt à la morgue (..) L’employé de la morgue jeta un coup d’oeil à l’intérieur du sac et approuva en secouant la tête. – Bon! Et le cadavre, où il est? – Le problème, dit le capitaine, c’est que le cadavre est resté vivant.» 

Un peu plus loin, hors contexte, ce dialogue savoureux : – Ca y est? Elle a accouché? – Oui. – C’est un garçon? – Non. – Ben, c’est quoi, alors?» 

Pour conclure provisoirement, citons la quatrième de couverture : « En fait, la prétendue âme russe se réduit à quatre composantes : la croix russe, la langue, la vodka et le bonheur dans la souffrance.»  Et c’est ainsi qu’Allah est grand, comme eût conclu le regretté Alexandre Vialatte.

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Catégorie: Coups de coeur | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze

KOLYMA de Tom Rob Smith (à commander en COLISSIMO pour les personnes isolées)

Samedi, 13. février 2010 17:52

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Je viens de terminer KOLYMA, après avoir lu ENFANT 44  du même Tom Rob Smith. Staline est mort, Kroutchev va soulever un peu le couvercle du chaudron et cela va créer un décor encore plus propice au romanesque que la période précédente. Les gens se mettent à parler, on fourbit les armes en coulisses pour les réglements de comptes. Malgré les solides références historiques, au plan de l’intérêt de lecture, c’est du romanesque pur, comme on dit de l’héroïne pure dans certains films que je visionne (n’étant pas consommateur).

Bref après les crimes vient le temps des châtiments et de l’auto-critique, mais c’est plus compliqué que ça même si le désir de vengeance sous-tend bien des actions du roman, en particulier pour Fraera (une héroïne qui est loin d’être pure), terrible figure de femme, tatouée de partout (!), chef d’un gang moscovite qui vit dans les égouts de la capitale et  a des alliances pour le moins poisseuses.

De Moscou au goulag 57 de la Kolyma, dont le site est rien moins qu’enchanteur (après une traversée mouvementée jusqu’au port de Mogadan), en passant par l’insurrection hongroise (plus ou moins manipulée) et son écrasement, voilà un long voyage au bout de la nuit, du glauque et de l’extrême. Même les rapports familiaux participent à cette débâcle. En définitive, comme   d’habitude, il n’y a que le lecteur qui soit pépère. Planqué, va!

( A un moment donné, l’auteur ou la traductrice ont un petit moment de distraction quand il(s) désigne (nt) le vieux Stepan et sa femme Anna, comme les parents de Raïssa. Ce sont les parents adoptifs de Léo, qui d’ailleurs ne s’appelle pas Léo mais Pavel -voir opus n°1. Pour tout dire, Stepan et Anna ont failli manger Léo/Pavel lors de la grande famine qui ouvre ENFANT 44, mais finalement ils font cuire à la marmite leur propre fils mort de faim entre-temps et les trois survivants participent au repas totémique. Forcément, ça crée des liens! Ah, parfois l’auteur n’y va pas avec le dos de la cuillère!)

Catégorie: Coups de coeur | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze

ENFANT 44 de Tom Rob Smith ou le « jardin des délices» , version Staline

Jeudi, 11. février 2010 15:23

On crève de peur, on crève littéralement de faim, pas besoin de pèse-personne, d’ailleurs il n’y a pas de salle de bains. On vit entassés dans de minuscules appartements collectifs, avec des gens qu’on connaît à peine, qui peuvent donc vous dénoncer au KGB si par malheur vous pétez de travers (à droite pour le cas, c’est antirévolutionnaire).

Vous serez arrêtés vers quatre heures du matin, entassés dans un camion mal bâché en proie à tous les courants d’air de Moscou, conduits ensuite à la sinistre Loubianka, le siège du KGB, où soit vous recevrez une balle dans la nuque, après des heures d’interrogatoire où vous devrez avouer que vous avez caché des sacs d’avoine sur la face cachée de la lune, ou bien discretos on vous fera monter dans des wagons à bestiaux, vers un goulag lointain d’où peu sont revenus.

Même les cadres du parti, les « apparatchiks» , ont peur. Ils peuvent subir le sort commun comme qui rigole. C’est assez dire que personne n’a envie de rire.

C’est le « background»  oppressant qu’a choisi Tom Rob Smith pour ce roman hors normes, car il satisfera les amateurs de thrillers avec une figure de « serial killer»  sortant vraiment des sentiers battus, c’est un roman politique, mais aussi un « roman familial»  au sens strictement freudien du terme, le déni des origines fondatrices sert de fil rouge à l’enquête du milicien Léo et de son épouse Raïssa ( qui est aussi belle que la Lara du DOCTEUR JIVAGO, auquel on pense forcément avec tout ce froid, cette neige, ces forêts, tous ces LOUPS).

En écho, on songe également aux romans des frères Vaïner, Arkadi et Gueorgui  : »  38, rue Petrovka» , « L’Evangile du bourreau» , « La corde et la pierre» . Et à une oeuvre de Robert Harris (l’auteur de « Fatherland» ), ARCHANGE, coll. Pocket qui aurait mérité un plus ample écho. Dans la foulée, infatigable « zek» , Tom Rob Smith a écrit un second roman ayant pour décor le goulag de la Kolyma.

Des romans à lire par temps de neige!


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Catégorie: Coups de coeur | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze

Avec la jeunesse estudiantine (Anne-lise, l’une de mes anciennes élèves)

Mardi, 9. février 2010 11:49

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Catégorie: Non classé | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze

L’insoutenable non-légèreté du fantasme.

Lundi, 8. février 2010 11:14

J’ai un peu négligé mes blogs ces derniers temps, ma chaudière fantasmatique lançant prioritairement des petits jets de vapeur en direction de ma page de FACEBOOK, avec ses coquetèles, ses demoiselles en flirt, son incommensurable frivolité. Bref.

Comme l’écrit le psychanalyste Jacques André, dans les « 100 MOTS DE LA PSYCHANALYSE, collection « Que sais-je?»  : « Parce qu’il est souvent réduit à la forme aimable et champêtre d’une rêverie diurne, on prête au fantasme une légèreté qui sous-estime son poids de REALITE.» 

Macarel bamboleyo schtroumfi! Comprenne qui pourra!

Quant à mon rêve nocturne récurrent de rentrée scolaire, dans des décors mous à la Dali ou bien des labyrinthes de couloirs-classes entièrement moquettés de toile de jute et moi, bardé de diplômes et de titularisations ne rencontrant JAMAIS une personne responsable, comme ce pauvre K. dans « Le Château»  (Das Schloss) de Kafka, il semble clair que j’attends en vain une image PATERNELLE POSITIVE qui me dirait :»  Va, mon fils, tu enseignes salle 18. Bon courage!» 

Exactement l’envers de ce j’ai connu dans la réalité et qui m’a conduit, pendant des années, à être un recordman des symptômes névrotiques et psychosomatiques. Capramerda fouchtra!

Catégorie: La traversée du quotidien. | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze