Les call-girls du Bazar Manioc, pièce en deux actes
Lundi, 16. novembre 2009 12:00
(Dédié à Marie-Claude Fun-Fun)
Un peu avant sa mort, j’ai rencontré le grand Pocoharis, notre barde local, un peu comme Manciet à Sabres, sur les marches du Trocadéro. Le vent aigre de février faisait flotter son immense écharpe rouge sous un galurin noir qui eût pu servir de chapiteau de cirque et je ne vous dis rien du manteau noir, bref Pocoharis copiait la mode des chansonniers de la fin du 19°s.
Maître, lui dis-je, il aimait qu’on l’appelât « Maître» , pourquoi n’avez-vous jamais monté votre pièce : « Les call-girls du Bazar Manioc» ? Il partit d’un rire homérique du sud. Je n’insistai pas. Mais après sa mort, je m’aperçus qu’il m’avait légué les droits, délicate attention, de son oeuvre théâtrale et je décidai de la mettre en scène dans le Bazar Manioc.
Je demandai à Marie-Claude Fun-Fun si elle voulait bien jouer le rôle des call-girls. Elle eût accepté avec joye, mais comme elle estoit encore enseignante dans un collège (le même que la marre-quizz du Net), elle avait peur d’une cabale de certains parents d’élèves qui n’ont été créés par Dieu que pour semer la chienlit en cette basse terre, prépuce !
Le rôle des call-girls serait donc joué par le petit Latrubesse, qui avait un visage androgyne, il suffisait de le rembourrer aux endroits adéquats. Il était commis dans une entreprise de livraisons qui arrosait Barbotan les Thermes de Cialis et de Viagra.
Moi, j’étais l’autre personnage principal (l’ermite de troisième division), j’étais aussi le présentateur (un ersatz du choeur dans la tragédie antique), bref l’homme à tout faire.
Nous donnâmes une représentation à Liastiknovgorod, au coeur du Bazar Manioc. Il n’y avait que deux spectateurs, le maire et son chien , un bâtard de race indéterminée. Le maire s’endormit dès que j’eus commencé à parler, de plus il ronflait, seul le chien paraissait attentif, les oreilles aux aguets tournées vers les coulisses.
A peine Dédé Latrubesse était-il entré en scène que le chien bondit sur lui en lui lacérant ses oripeaux féminins. Il n’aimait sans doute pas les travestis. Vous savez, nous vivons dans un trou noir de l’univers.
Ah, si Fun-Fun avait été là avec son fourreau en lamé, son long fume-cigarettes, sa coupe à la garçonne de type expressionniste, on aurait fait un tabac, macache !
Le maire se réveilla avec des grognements rauques, il se croyait à une battue au sanglier. Je donnai un coup de pied au clébard l’envoyant valdinguer au-dessus des sièges vides. Le maire voulait me casser la gueule, Dédé Latrubesse avait filé fissa, me laissant seul devant ce fiasco total.
Catégorie: Fatrasie. Billevesées. | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze

