Momo, va donc prendre l’air !
Samedi, 19. septembre 2009 17:42

Parfois, j’ai un drôle d’air, voyez, parce que je ne prends pas assez l’air. Je ne m’inscrirai jamais à un stage de parapente, a fortiori d’ULM. De quoi aurais-je l’air, avec mon quintal plus bovin que chorégraphique?
S’imaginer libre comme l’air est une illusion, c’est faire impasse sur le SURMOI qui nous agit et nous agite. Et allez dire à l’air comprimé d’une carabine qu’il est libre ! Chié !
Pour s’envoyer en l’air, pas besoin d’être timbré, juste un peu culotté (après on enlève la culotte : « Mademoiselle, vous revenez à Tokyo? Une ville fascinante, n’est-ce pas? Bien plus que Nantes…). Ah, il ne faut pas avoir peur du bar à thym même si on préfère la sauge et le basilic.
Depuis le départ de la marre-quizz, je n’arrête pas de freud donner le même air, si bien que j’en ai oublié le titre, des fois qu’on me ferait payer des droits. L’air est composé d’oxygène, d’azote et de 1% d’argon. Je n’ai jamais su jusqu’ici que je respirais 1% d’argon.
Comme quoi on fait souvent les choses mécaniquement. Comme s’envoyer en l’air, le samedi soir après le turbin. On lit parfois ce type de doléances, chez le dentiste, dans un magazine féminin. En attendant. C’est dur.
L’avion amorce sa descente sur Tokyo. Soleil couchant. Luisances de mica sur la mer plus bas. Mademoiselle, vous pouvez vous rhabiller, merci pour le panorama, n’oubliez pas votre bagage à main. Etudiante, je suppose? En littérature française? Je l’avais deviné.
L’avion s’immobilisa sur la piste, les voyants lumineux d’interdiction de fumer s’éteignirent, et une douce musique d’ambiance s’écoula des haut-parleurs fixés au plafond. C’était la mélodie de « Norwegian Wood» des Beatles.
Haruki Murakami (dont je suis le traducteur en gascon) m’attendait au terminal n° 4. Tu as l’air dans les nuages, me dit-il, en prenant un de mes bagages. C’est le décalage horaire et puis dans l’avion, j’ai eu une hallucination, l’air conditionné me fait souvent cet effet-là, répondis-je.
Ah, le Japon, le saké, les cerisiers en fleurs, les geishas (mon Dieu !), le métro de Tokyo. Mais pourquoi mettez-vous tous des masques? demandai-je à mon hôte qui essayait de se frayer un chemin dans les courants marins de la fourmilière. Il n’entendit pas. Il n’était pas question que je le perde de vue.
Catégorie: Création littéraire | Commentaires (0) | Auteur: D.Nauze

