Je me suis trompé de scénario
Armé d’un long couteau de cuisine, Norman Bates se rapprocha du rideau à demi-opaque de la douche. Psychose, quand tu nous tiens ! Mais, ciboire du Christ, étais-je dans le bon scénario? Je voulais parler de la rentrée scolaire et de ce tabou dans les œillères de l’angle mort, pour faire simple je voulais signifier que la “panique” est souvent l’état ordinaire de l’enseignant.
On ne parle pas de ça dans les IUFM. Jamais, c’est obscène, angoissant. Passez muscade !

Le prof est censé être un G.O. empathique porté sur les ailes d’une imperceptible euphorie. Jamais de bouche sèche, de chamade tambour qui s’entend à l’autre bout de la cour, de mains qui tremblent, avec la sensation de désastre imminent, aussi maîtrisable qu’un tsunami, bref que l’épée de la dame aux clebs va vous tomber sur le coin de la gueule, que vous allez ruminer, ruminer cet état-limite vécu comme un échec et que vous serez désormais incapable d’entrer à nouveau dans une classe.
Bien sûr, pour la plupart, cela s’arrange ( un peu), DES QU’ILS SONT ENTRES DANS UN PERSONNAGE, comme au théâtre, mais oui, madame Ravenel, l’enseignement c’est aussi du théâtre et vous avez tout intérêt à prendre ce paramètre en compte.
Trente cinq ans j’ai tenu sur ce fil du rasoir, et quand j’en ai eu ras la caftir de l’ambiance, que je devenais un peu trop cabotin du type gueulard, eh bien je suis parti (j’avais mes annuités).
J’avais ensuite le projet de me reconvertir en Norman Bates mais je n’avais pas assez de picaillons pour m’acheter un motel dans le Bazar Manioc !
