Paysages désolés
Les chats me prennent pour un portier d’hôtel. Et entrer et sortir. Il me manque une casquette avec des parements dorés, comme dans un palace hors d’âge de Saint-Pétersbourg.
Le paysage hivernal, dans le Bazar Manioc, évoque la Russie profonde, en plus vallonné. Pas un chat (à part les miens) et parfois une petite escadrille de canards sauvages qui fait des manoeuvres entre le lac de Bert et l’étang du bas de la côte, qui est apparenté aux bouches d’égout.
Je laisse ronronner la télé, illusoire ersatz de présence dans la salle de séjour. Les journées sont longues car ma compagne travaille quotidiennement à plus de 80 verstes (aller retour), dans le district de Moun dou Porcin, où nous vivions naguère avant la construction de l’isba dans le Bazar Manioc. Le thème de l’ennui, je le garde pour moi.
Il n’y a pas lieu de me plaindre puisque je dispose de mon temps à ma guise, n’est-ce pas? Puisque je peux lire à mon rythme Tchékov, Gogol et Boulgakov. Quant à savoir ce que font ces deux poteaux dans l’immensité photographiée ci-dessus. Ce sont peut-être des cure-dents de Dieu, lui aussi en proie à l’ennui, maybe?

