« Ceux qui échouent dans le succès» (Freud)
Dans les tombereaux d’injures qu’on a pourtant déversés sur SARTRE, personne ne lui a reproché d’être un écrivain pour classes terminales, comme ce fut le cas pour Albert Camus. Sartre était un « héritier» , Camus un rescapé de la prolitude (père décédé, mère quasi illettrée).
On lui a donné un prix Nobel de consolation, comme un sucre d’orge et qu’il n’avait pas les moyens de refuser, lui.
Le destin de Camus me fait penser à celui de Philippe Seguin, qu’on enterre aujourd’hui . Temps glacial sur tout le territoire, dit la météo. Lui non plus n’était pas un héritier et il a magnifiquement échoué à exercer ses dons aux plus hautes fonctions de l’Etat. Il y a une partie grisée dans le surmoi des nés-pauvres qui interdit d’aller trop loin, une sorte de bâtardise rémanente et discrètement visqueuse qui vous rappelle à vos origines. Freud a écrit un lumineux article là-dessus :» Ceux qui échouent dans le succès» . A un niveau bien plus modeste, combien de promotions se vivent dans la crampe d’estomac permanente et le dégueulis dans le lavabo. Et l’entourage invoque le stress dû à de nouvelles fonctions, tu parles!
Cela dit, les hommes de pouvoir ont tous plus ou moins une pulsion suicidaire (une façon de rembourser les dettes de l’accession au pouvoir?). Les romains s’étaient aperçus que la roche Tarpéienne (falaise dans Rome du haut de laquelle on poussait dans le vide les condamnés à mort) était proche du Capitole, où l’on célébrait le triomphe des généraux vainqueurs.
Inversement, peut-on affirmer qu’on réussit dans l’échec? Mais le BAC de Philo, c’est au mois de juin!

